" Je suis croyant...mais non pratiquant..."


Vous m'excuserez de ne pas mettre le nom de l'auteur de cette citation...je ne le connais pas. C'est devenu un dire passablement populaire et la citation est devenue « patrimoine international ». Nous sommes nombreux à l'avoir entendue...et nombreux aussi ceux qui la citent.

Nous, curés, l'entendons souvent. Quand il s'agit d'administrer le baptême à un bébé, les parents nous la servent souvent, S'il s'agit d'un mariage à l'église, ce sont les nouveaux mariés qui nous la citeront. Arrive-t-il une demande de funérailles à l'église? Ce sont les membres de la famille qui nous la diront.

La même citation sera dite sur deux tons différents: avec un bémol ou un dièse. On la dira en reconnaissant que l'on a mal géré son emploi du temps. Il arrive aussi que c'est avec une certitude tranquille qu'on le dit: c'est déjà assez beau d'être croyant...qu'ajouterait donc le « pratiquant » ?
Et on réclame « ses » droits de croyant.

Est-ce si important que cela d'aller à la messe tous les dimanches?
Ne vaut-il pas mieux vivre « en chrétien » toute la semaine?

C'est là que la question se corse. Comment voir clair dans tout cela ? ...si ce n'est de nous mettre d'accord sur les mots: croyant - pratiquant ? Car il arrive souvent que l'on est moins croyant qu'on ne le croit et plus pratiquant qu'on ne le pense.

Celui qui est fidèle à son épouse, présent à ses enfants, fidèle à la parole donnée, toujours prêt à donner un coup de main au « voisin »...
est plus pratiquant qu'il ne le dit et ne le croit.

Celui qui passe devant l'itinérant et l'exclus sans même un bonjour...qui n'a pas reconnu le Christ en ce frère...celui qui a comme seul engagement dans la société et dans son église son club de bridge ou de quilles...celui qui pleure devant son écran de TV en voyant les victimes d'une famine, d'un cataclysme...et qui le dimanche retrouve sa gaieté de coeur après avoir donné un gros 25 cents...
est peut-être moins croyant qu'il ne le dit et ne le pense.

Une fois cela dit...on doit bien reconnaître que l'on n'a pas dit grand-chose...
car « on » se range dans un clan ou l'autre.
L'Église n'est pas affaire de clan: c'est une affaire de vie.

La vraie question est peut être: « MOI, chrétien, pratiquant ou croyant et non pratiquant... ne devrais-je pas tenter de devenir plus (+) chrétien?
La question balaie tout relent de supériorité ou de compétitivité...
elle nous ramène tous à notre responsabilité.

Es-tu croyant ? - J'essaie de l'être.
Es-tu pratiquant ? - J'essaie...
Es-tu chrétien ? - J'essaie de le devenir...
...et si « l'essayer, c'était l'adopter » ?
On l'essaie ?

Fr.Clifford Cogger